mercredi 17 mai 2017

Ministre désarmée

Le ministère de la Défense, ou désormais des Armées, est un ministère particulier sous la Ve République. Le chef des armées est le Président de la République et c’est lui qui décide des engagements militaires, conseillé par son chef d’état-major particulier et le chef d’état-major des armées, le chef de soldats. De fait, le ministre se retrouve normalement cantonné à la gestion organique du ministère. Cela reste un poste prestigieux car régalien mais il offre peu d’occasions de briller lorsqu’on a des ambitions. De grands serviteurs de l’Etat comme Pierre Messmer et Michel Debré l’ont occupé de 1958 à 1969, à une époque de profonde transformation de la fin de la guerre d’Algérie à la mise en place du nouveau modèle de forces. Et puis on a commencé à « euphémiser » les choses, le ministère des armées est devenu de la « défense » en 1974 un peu avant que l’Ecole de guerre ne devienne un Collège de défense. Le poste a surtout été proposé soit à des techniciens, comme André Giraud en 1986 remarquable dans ce rôle, soit à des fidèles discrets que l’on veut récompenser.  

Cet équilibre peut cependant être rompu. Par le Président lui-même qui peut déléguer une partie de ses pouvoirs au ministre, comme cela a été le cas avec Jean-Yves le Drian, à la manœuvre dans les opérations, en contraste flagrant avec les ministres précédents invisibles pendant les guerres. Il peut tenter d’être rompu aussi par le ministre lorsque celui-ci (ou celle-ci notamment) se sent à l’étroit et dans l’impossibilité de montrer son excellence aux futurs électeurs. Exister semble alors ne pouvoir se faire qu’au détriment des militaires et notamment du chef d’état-major des armées dont on va s’efforcer de réduire le périmètre. Il y a quelques années on a même vu certains ministres (et les cabinets) ne pas hésiter à alimenter la presse d’informations destinées à montrer que la guerre était vraiment une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires plutôt qu’à eux.

La difficulté n’est pas seulement interne au ministère. Il faut lutter, c’est traditionnel, contre Bercy pour qui le « Mindef » est un « poulet rôti ». Il faut lutter aussi, lorsqu’on a la direction des opérations, avec le ministre des affaires étrangères. Une opération extérieure est à la fois une opération militaire et un acte de politique étrangère. Il est donc commun d’avoir à rivaliser avec le MAE lorsqu’il faut partager les lauriers, comme au Mali en 2013, et de se retrouver beaucoup plus seul lorsque les choses sont plus délicates, comme en République centrafricaine. Depuis peu, l’opération Sentinelle, excellent moyen d’être visible sans risque d’échec puisqu’il n’y a pas de risque de succès non plus, est l’occasion d’une autre lutte de périmètre, contre le ministre de l’Intérieur cette fois.

Il faut donc souhaiter bonne chance et bon courage à la nouvelle Ministre des Armées, que rien ne préparait à ce poste, et qui se retrouve dans le même gouvernement que son prédécesseur, placé à la tête des Affaires étrangères après avoir géré les opérations extérieures pendant cinq ans. Le retour à l’ancienne appellation participe de la « déseuphémisation », comme simplement le retour il y a quelques années de la guerre sur le fronton de l'Ecole militaire et surtout dans le discours politique. Avec quelques autres actes symboliques du Président le 14 mai, il pourrait indiquer une posture plus assumée de chef des armées. Il peut aussi, et ce n'est pas incompatible, signifier le retour à ce qu'on appelait ironiquement de « ministère désarmé » et le retour au cantonnement à la gestion organique. Ce n’est pas forcément inutile, les opérations et les exportations c’est bien mais la résolution de la désorganisation des armées depuis dix ans, sans même parler de la crise de financement vieille de vingt-cinq ans, fait aussi partie de la fiche de tâche. Le chantier est suffisamment vaste pour faire œuvre utile et méritoire. 

11 commentaires:

  1. Souhaitons en effet bonne chance à Sylvie Goulard en espérant qu'elle pourra mener à bien la dissolution organique de l'armée nationale dans le projet de Défense européenne !

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    1. Si cela se fait éventuellement, entre les rêveries de Défense européenne et sa réalisation concrête il y a un gouffre, cela relèvera du Président de la république et la MINDEF n'aura qu'un rôle d'accompagnement de ces décisions.

      D'ailleurs le retour à la dénomination " Ministre des armées" montre manifestement que notre nouveau Président, contrairement à son prédécesseur, entend bien exercé la plénitude de ses fonctions de chef des armées. La période Le Drian résultant de ses compétences avérés dans ce domaine, contrairement à celles de notre ancien Président et son peut de goût pour la chose militaire, n'aura été qu'une "co production" de fait dictée par la personnalité des deux hommes.

      Souhaitons que Macron il sache faire appel pour son chef d'état-major particulier, à une personnalité aussi compétente et efficace que fut le général Puga sous Hollande.

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    2. Surtout pas. L'Europe est atteinte de paralysie congénitale en matière de guerre et de diplomatie. Gardons surtout à notre main notre outil de "diplomatie ultime".

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    3. Je ne sais pas si c'est une plaisanterie (18 mai 13h59) mais il ne faut évidemment pas que l'UE mette ses sales pattes sur l'armée.

      L'UE n'a su que casser tout ce qu'elle a touché, c'est l'outil d'idéologues libéraux pour imposer des réformes qui ne marchent pas, plus vite on en sera débarrassés mieux cela vaudra.

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    4. Pourtant l'Europe dépend encore aujourd'hui des États-Unis pour sa défence et est incapable d'intervenir sans eux. En temps normal, le Moyen-Orient et l'Afrique, c'est la cours arrière de l'Europe, aucune raison que ce soit les USA qui y interviennent majoritairement. Il n'y a pas énormément d'alternatives, soit la France investit massivement dans ses armées et récupère une autonomie opérationnelle et stratégique, soit elle se joint à l'UE dans une force commune où elle aura une voix certainement plus forte que celle qu'elle a actuellement avec les USA. Sinon, c'est attendre en critiquant l'empire pour son "manque de vision" alors que ses objectifs ne sont pas nécessairement allignés avec ceux de la France et de l'UE.

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    5. Mais l'UE ne marche pas, et ne marchera jamais. C'est l'outil de l'Allemagne pour se développer au détriment des autres.

      Le seul autre pays sérieux en matière de défense c'est le RU, et ils se sont barrés.

      La France aurait une voix plus forte en devant obéir en petit caniche à Junker et toute la bande de bras cassés bruxellois ? N'importe quoi. La France est en train de se suicider avec cette idéologie européiste, telle est la réalité.

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  2. « Sylvie Goulard me confiait dans notre parcours commun au ministère des Affaires étrangères ‘Je ne me sens pas française’ et c’est cette personne qui est placée au ministère de la Défense rebaptisé ministère des Armées, ça promet ! » - le député LR Jacques Myard

    Bon bah je crois qu'on a le menu. Ca va être indigeste.

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  3. @ Anonyme19 mai 2017 à 16:32

    " soit elle se joint à l'UE dans une force commune où elle aura une voix certainement plus forte que celle qu'elle a actuellement avec les USA" Certes cela est théoriquement fort séduisant, mais en pratique depuis près de trente ans c'est uniquement l'objet de discussions sans fin.

    Les seules choses concrètes que nous avons concrétisés : des coopérations ponctuelles avec plusieurs pays portant sur quelques équipements, et obtention de quelques rares soutiens au sens logistique de quelques pays de l'U.E. dans nos OPEX.

    Le fond du problème est duale. Quasi tous les autres pays membres de l'U.E. ont délégué leur défense à l'OTAN (donc aux USA), ils ne veulent surtout pas en sortir, et même partiellement sous forme d'un pilier européen plus ou moins autonome de l'OTAN. Les USA via l'OTAN sont plus qu'hostiles à cet éventuel pilier européen. Certes depuis l'élection de Trump aux UA, ils veulent un bien une plus forte implication des européens en matière de défense, mais uniquement en terme financier et matériel, mais non une quelconque remise en cause du rôle de l'OTAN : structures, hégémonie sur l'Europe, etc..

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    1. L'OTAN est une partie de la réponse sur la forme, même si l’inénarrable para-logique Trump pousse des pays à réfléchir un peu plus sérieusement à une union de défense. Sur le fond, le problème est qu'une armée est un outil de politique étrangère, et qu'il faut là des réformes de fond en Europe pour unifier les politiques étrangères. Il faut marcher sur deux jambes : une armée Européenne sans politique de défense Européenne, ça revient à enterrer cet outil. Et évidemment, dans un ensemble de démocratie, il va falloir mettre en place des mécanismes pour avaliser l'usage de la force militaire avec le parlement Européen. (A ce titre, pour certains de nos voisins, l'OTAN est plus qu'un parapluie : c'est l'assurance de ne pas avoir à prendre de risque politique...)
      .
      Tout ça est possible, souhaitable à mon sens tant le diviser pour régner est utilisé par les autres puissances contre l'Europe, mais ça ne se fait pas d'un coup de baguette magique. Si madame le ministre des armées s'attaque à ce front, elle aura fort à faire.

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    2. l'europe a été faite par des banquiers pour des banquiers, en partie par des agents de la Cia ainsi qu'exprimé a lé télé par Marie France Garaud au vu d'éléments déclassifiés Us et non pas sur un projet politique ,une vision globale de troisième puissance mondiale,donc effectivement comme l'écrit Atékor pas de politique de défense européenne dans une europe ou les différentes armées sont de niveaux disparates et les intérets divergents.Notre allégeance aux Us (post-Gaulliste) et notre réintégration dans l'otan nous a fait perdre notre souveraineté en tant qu'état devenu supplétif,la qualité du nouveau ministre suffit pour comprendre son inutilité

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